D'où viennent ces chiffres
Les données essentielles de la commande publique sont publiées en open data par l'État : chaque marché notifié y figure avec son acheteur, son titulaire, son montant, sa date de notification, sa durée en mois, la procédure suivie et le nombre d'offres reçues. Nous avons analysé le fichier consolidé d'août 2026, soit 3 235 228 lignes, en calculant pour chacune la date de fin du marché, puis en dédupliquant les lots d'un même marché.
Le champ durée est rempli sur la totalité des lignes exploitables, et nous avons vérifié sa fiabilité : la durée restante publiée par la source est cohérente avec un recalcul à la date de publication dans 99,1 % des cas. Autrement dit, l'échéance d'un marché public n'est pas une estimation : c'est un fait contractuel qui se lit dans la donnée publique.
402 424 marchés arrivent à échéance d'ici deux ans
Dans une fenêtre allant de trois mois en arrière (remises en concurrence en cours) à vingt-quatre mois en avant, 402 424 marchés arrivent à leur terme. Le calendrier est serré : 132 541 sont en phase imminente, c'est-à-dire que la consultation de renouvellement devrait être publiée maintenant ou dans les toutes prochaines semaines, et 212 705 se situent dans la fenêtre de préparation, entre quelques mois et deux ans de l'échéance.
La durée la plus fréquente d'un marché public est de 48 mois, la forme classique de l'accord-cadre de quatre ans. Viennent ensuite les durées de 12, 36 et 24 mois. Conséquence directe : une part importante des marchés notifiés fin 2022, l'une des années les plus actives de la commande publique, arrive à échéance entre fin 2026 et fin 2027.
Tous les marchés ne se renouvellent pas : la distinction qui change tout
Un marché qui se termine n'est pas toujours un marché qui revient. Sur nos 402 424 échéances, environ 110 000 portent sur des besoins ponctuels : la construction d'un équipement, une mission de maîtrise d'oeuvre, un chantier. Une fois l'ouvrage livré, le besoin disparaît. Prospecter ou se préparer sur ces marchés n'a aucun sens.
À l'inverse, 183 000 échéances concernent des besoins récurrents : nettoyage de locaux, entretien d'espaces verts, gardiennage, maintenance des bâtiments et des équipements, restauration collective, transport, prestations informatiques, fournitures consommables. Ces prestations ne s'arrêtent pas à la fin du marché : l'acheteur doit relancer une consultation pour que le service continue. Ce sont ces 183 000 marchés qui constituent le vrai gisement du renouvellement. Le solde, environ 109 000 échéances, reste indéterminé, comme les accords-cadres de travaux d'entretien, qui peuvent se renouveler ou non selon le besoin.
La concurrence au renouvellement : de 1 à 47 offres
Les DECP conservent une information précieuse : le nombre d'offres reçues à la dernière attribution. C'est la mesure la plus honnête de la concurrence qu'il faudra affronter au renouvellement, et elle varie énormément d'un marché à l'autre.
Quelques exemples réels tirés des données : un marché de nettoyage des bâtiments d'une métropole picarde attribué après 47 offres reçues ; un marché de nettoyage d'une commune de Seine-Saint-Denis, 36 offres ; un lot de plantations en région parisienne, 24 offres ; l'entretien horticole des canaux parisiens, 6 offres. Et à l'autre extrémité, des marchés d'entretien d'espaces verts pour des services de l'État attribués après une seule offre : le titulaire était le seul candidat.
La leçon pour le candidat : la stratégie de renouvellement dépend de cette donnée. Sur un marché à 40 offres, le dossier se travaille comme une compétition serrée, mémoire technique calé sur la grille de notation et prix affûté. Sur un marché à une ou deux offres, la priorité est la conformité : être présent, complet et dans les délais suffit souvent à exister sérieusement.
Le calendrier réel d'un renouvellement
Côté acheteur, un renouvellement se prépare longtemps avant l'échéance : redéfinition du besoin, rédaction du dossier de consultation, publicité, analyse des offres, notification. La direction des affaires juridiques du ministère de l'Économie rappelle qu'un renouvellement n'est pas une prolongation : c'est une nouvelle procédure complète, avec ses délais incompressibles. En pratique, la consultation sort souvent entre deux et six mois avant la fin du marché, et jusqu'à neuf mois pour les procédures formalisées au-dessus des seuils européens.
Côté candidat, ce calendrier définit la fenêtre utile. Quand l'avis paraît, il reste généralement trois à six semaines pour remettre l'offre : c'est court pour rassembler les pièces administratives, rédiger un mémoire technique crédible et construire un prix. Ceux qui connaissent l'échéance ont des mois là où les autres ont des semaines : pièces à jour, références rédigées, trame de mémoire prête, contact pris avec l'acheteur en amont, ce que le droit de la commande publique autorise au titre du sourcing.
Titulaire sortant ou challenger : deux stratégies
Pour le titulaire sortant, l'échéance de son propre marché est la date la plus importante de son agenda commercial, et beaucoup la découvrent trop tard. Défendre un marché que l'on sert bien se perd rarement sur la qualité de la prestation : cela se perd sur une pièce manquante, un mémoire expédié dans l'urgence, un prix reconduit sans analyse. Le sortant qui prépare son dossier avant l'avis capitalise sur sa connaissance du terrain ; celui qui attend la publication se met au niveau de ses concurrents.
Pour le challenger, les échéances des marchés tenus par les concurrents sont un plan de prospection à ciel ouvert : elles disent où un besoin va se rouvrir, quand, chez quel acheteur, pour quel montant, et face à quelle concurrence passée. Un marché attribué après une seule offre il y a quatre ans est une opportunité : l'acheteur lui-même souhaite souvent voir davantage de candidats.
Comment exploiter ces données concrètement
Tout ce qui précède se fait à la main avec les fichiers DECP en open data, pour qui veut manipuler trois millions de lignes. Nous avons intégré ce travail dans DossiersGagnants : le Radar affiche les marchés récurrents arrivant à échéance sur les départements de veille de chaque entreprise, avec pour chacun le dossier d'attribution du titulaire sortant : procédure suivie, nombre d'offres reçues, montant, dates. La même donnée alimente les repères de prix du dossier de réponse : ce que les acheteurs ont réellement payé pour des marchés comparables.
Pour comprendre la mécanique contractuelle derrière ces échéances, notamment celle des accords-cadres qui représentent la forme dominante des marchés récurrents, voir notre guide des accords-cadres à bons de commande.
Questions fréquentes
Combien de marchés publics arrivent à échéance en France ?
402 424 marchés en cours arrivent à leur terme dans une fenêtre de 24 mois, d'après notre analyse des DECP d'août 2026. Environ 183 000 portent sur des besoins récurrents qui devront être remis en concurrence.
Quand la consultation de renouvellement est-elle publiée ?
Le plus souvent entre deux et six mois avant la fin du marché en cours, et jusqu'à neuf mois en avance pour les procédures formalisées. La date de fin du marché, elle, se calcule précisément depuis les données publiques : notification plus durée.
Comment savoir quand le marché d'un concurrent se termine ?
Les DECP publient la date de notification et la durée de chaque marché : la date de fin s'en déduit. Elles indiquent aussi le nombre d'offres reçues à l'attribution, c'est-à-dire la concurrence réelle à battre.
Le titulaire sortant est-il avantagé ?
Aucun avantage réglementaire : l'égalité de traitement s'impose. L'avantage réel du sortant est sa connaissance de la prestation, et il ne vaut que si le dossier remis est complet et travaillé.